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International

LE 14 mai 2009 PAR Raphaël Chambon - 0 COMMENTAIRES

Sommet des Amériques : le début d’une nouvelle ère ?

Sommet des Amériques : le début d'une nouvelle ère ? Le cinquième sommet des Amériques, qui s’est tenu les 18 et 19 avril à Trinité-et-Tobago, a ouvert une nouvelle ère ou du moins symbolisé une nouvelle étape dans les relations entre les Etats-Unis et les pays latino-américains. Le processus des sommets des Amériques, lancé en 1994, avait jusqu’à présent essentiellement pour objectif la création d’une Zone de libre-échange continentale (ZLEA) au service des ambitions économiques étatsuniennes. Le dernier sommet, organisé à Mar del Plata (Argentine) en novembre 2005 s’était conclu par un échec, les présidents vénézuélien et argentin étant parvenus à faire échec à la volonté de l’administration américaine d’imposer le projet de grand marché de l’Alaska à la Terre de Feu.

Ce 5ème sommet était particulièrement attendu en ce qu’il marquait les premiers pas de Barack Obama sur la scène interaméricaine. Le nouveau président démocrate a plutôt agréablement surpris ses interlocuteurs. Il faut dire qu’il ne lui était pas difficile de trancher avec son prédécesseur, tant le bilan de l’administration Bush était désastreux dans le sous-continent latino-américain : tentatives répétées de déstabilisation de gouvernements démocratiquement élus (appui au putsch de l’extrême-droite vénézuélienne en 2002, soutien à la droite séparatiste en Bolivie, etc.), approche ultra-militariste de la lutte contre le narcotrafic qui mobilise des sommes colossales alors même que les budgets de coopération civile sont en chute libre, volonté d’imposer la ZLEA ou des accords de libre-échange bilatéraux en ne reculant devant aucune pression, aggravation du blocus de Cuba…

Obama a incontestablement imposé un nouveau ton, affichant sa volonté de rompre avec l’arrogance et l’interventionnisme de George W. Bush. Insistant sur des dimensions complètement négligées par ce dernier (aide au développement, changement climatique), il a annoncé sa volonté que le Congrès US ratifie la Convention interaméricaine contre la fabrication et le trafic illicite d’armes. En retour, Hugo Chavez a annoncé le rétablissement des relations diplomatiques de Caracas avec Washington.

Malgré l’a priori favorable dont il bénéficiait, le nouveau dirigeant étatsunien n’a pu imposer entièrement son agenda. Sa première épine fut sans nul doute Cuba, non invitée au sommet mais au centre de nombreux débats. Obama avait envoyé des signes de décrispation sur le sujet quelques jours avant le sommet en annonçant la levée de toutes les restrictions sur les voyages et les transferts d’argent des Cubano-Américains vers l’île. Mais il ne s’agissait là que de l’abolition de mesures prises par Bush en 2004, et la question reste posée du maintien d’un blocus contraire au droit international et qui affame la population cubaine depuis 48 ans.

Obama a fait face à des dirigeants cordiaux mais fermes, majoritairement de gauche grâce à la vague progressiste qui souffle sur l’Amérique du Sud depuis quelques années (encore confirmée récemment par la victoire de la gauche à l’élection présidentielle au Salvador). Les pays de l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA : Bolivie, Cuba, Dominique, Honduras, Nicaragua, Venezuela), ainsi que l’Equateur, ayant annoncé leur refus de signer le projet de déclaration finale, par solidarité avec Cuba et pour dénoncer ses insuffisances, notamment quant aux réponses à apporter à la crise économique, le sommet ne l’a pas formellement adoptée. Un bloc de pays s’unissant pour parler d’une même voix et peser face aux Etats-Unis a ainsi démontré sa capacité à peser sur l’issue du sommet.

Même si le sommet a été salué pour ses promesses de nouvelles relations avec les Etats-Unis, la lucidité impose de rester prudent. Aucune réponse commune n’a été apportée à la crise, et les clivages traditionnels demeurent. Les Etats-Unis sont héritiers d’une longue histoire impérialiste dans un continent qu’ils ont longtemps considéré comme leur arrière-cour, et il est peu probable qu’Obama opère une rupture franche sur ce terrain, tandis que le problème de Cuba et la question du libre-échange resteront deux points de divergence notables.

S’il est trop tôt pour prédire la politique que mènera réellement Obama dans la région, on ne peut que se réjouir que son administration semble changer d’attitude vis-à-vis des dirigeants jusqu’à peu qualifiés de « populistes ». A l’heure d’un tel changement, il serait temps que la gauche européenne comprenne que son rôle est de soutenir les gauches latino-américaines dans toute leur diversité et d’approfondir ses relations avec elles pour mieux comprendre leur dynamique, loin de la tiédeur voire de l’hostilité manifestée à l’égard d’expériences jugées par certains trop « radicales »…

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