À l’occasion de la Semaine Bleue, consacrée aux retraités et aux personnes âgées, rencontre avec Charlotte Brun, conseillère régionale d’Ile-de-France et secrétaire nationale aux personnes âgées et au handicap.
UMA : On assiste à une véritable précarisation des retraités…
C.B. : Oui et ce n’est que le début de ce processus, que l’on doit en particulier aux réformes Fillon et Balladur. Auparavant, le montant des pensions était calculé sur les 25 meilleures années ; maintenant c’est sur les 25 dernières. Sont donc intégrées dans les modalités de calcul les ruptures de parcours, les années de chômage… Il faut ajouter à cela l’allongement de la durée des cotisations, que le gouvernement français préconise pour répondre à l’allongement de la durée de la vie. Or on le sait, les seniors n’étant pas les bienvenus dans les entreprises, étant considérés trop cher, l’âge moyen réel de départ en retraite est aujourd’hui de 58 ans et demi. L’allongement de la durée des cotisations provoquera de fait une baisse du montant des pensions. Aujourd’hui déjà dans notre pays, un million de retraités vivent sous le seuil de pauvreté. Et ils sont de plus en plus nombreux à avoir du mal à se soigner. En conséquence de quoi, on quitte la vie active avec une retraite incomplète et une pension calculée sur les dernières années qui ne sont généralement pas les meilleures. D’où des pensions de plus en plus petites. Résultat, dans notre pays, un million de retraités vivent sous le seuil de pauvreté.
L’allongement de la vie pose la question de « nouveaux âges » et du risque de perte d’autonomie…
C. B. : Oui, en un siècle l’espérance de vie a été multipliée par deux en France. Début 2002, la gauche, grâce en particulier à la secrétaire d’état aux personnes âgées Paulette Ginchard-Kunstler, a mis en place l’APA (Aide Personnalisée à l’Autonomie). Elle répondait ainsi au souhait majoritaire des Français de vivre le plus longtemps possible chez eux. Mais au départ, l’APA était financée à 50% par l’État, les 50% restants étant pris en charge par les départements. Or, évidemment, le nombre d’allocataires est en accroissement constant. L’État n’a pas pour autant augmenté sa contribution. Les conseils généraux financent donc aujourd’hui l’APA à 72 %, ce qui engendre une forte inégalité entre les départements, tous n’ayant pas les mêmes recettes ou le même pourcentage d’allocataires, comme la Creuse par exemple où 30% de la population est âgée de plus de 60 ans.
Quelles propositions peut-on faire pour que nos aînés, dépendants ou non, vivent de façon décente ?
C. B. : Il faut tout d’abord exiger du gouvernement de réabonder la CNSA (Caisse Nationale de solidarité pour l’autonomie) des 150 millions d’euros que le PLFSS (Projet de loi de financement de la sécurité sociale) prévoit de transférer sur la branche maladie. transférer sur la branche maladie. Et puis, il faut remettre à plat le financement global de la protection sociale, en ouvrant un nouveau droit couvrant la perte d’autonomie. La droite ne cesse de mettre en avant un « problème de ressources ». En fait, elle organise scrupuleusement ce « problème de ressources » pour justifier la casse de notre dispositif de protection sociale. Il nous faut donc explorer de nouvelles pistes de financement telles que la CSG, la taxation des revenus boursiers, immobiliers ou des stock-options…