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Droit du travail / Emploi / Inégalités

LE 20 mai 2009 PAR Delphine Mayrargue - 0 COMMENTAIRES

Pour un juste partage des richesses

Pour un juste partage des richesses La brutalité de la crise sociale que nous vivons met en exergue sa cause première : la hausse des inégalités dans le partage des richesses. Dans ce contexte, le rapport Cotis sur le partage de la valeur ajoutée contribue à dessiner le cadre, mouvant, de ce débat essentiel. Premier constat partagé : la part salariale dans le partage entre salaires et profits a diminué sur la longue période. Second constat partagé : dans la partie revenant aux profits, la part allant aux dividendes a augmenté au détriment de l’autofinancement et de l’investissement des entreprises. Ce diagnostic suffit à poser les termes du débat que nous n’avons cessé de faire vivre au sein du Parti socialiste.

Certes, le débat reste ouvert sur la perte subie par les salariés. Elle est a minima, reconnaît le rapport Cotis, de 3 à 5 points si l’on se réfère aux Trente Glorieuses, ce qui déjà justifierait de reverser de 55 à 90 Md € aux salariés sur cette seule base de calcul. Encore cette référence aux années 60 / 70 fait-elle abstraction de la forte progression de la part salariale entre la fin des années 70 et le début des années 80. En effet, si l’on se réfère à ce pic du début des années 80, ce sont bien 10 points de richesse qui ont été perdus par les salariés. Le contexte inflationniste de l’époque rend cette référence sujette à débat. Néanmoins, alors que depuis plus de 20 ans la dérive inflationniste a été conjurée, et alors que nous constatons une baisse de la rémunération salariale sur la longue période et une stagnation sur les 20 dernières années, la question du rééquilibrage de la répartition de la richesse se pose légitimement. L’acuité de cette question est renforcée par le fait que pendant ces 20 ans, la stagnation (qui n’est pas un progrès !) de la part salariale dans la valeur ajoutée a été acquise au prix d’inégalités croissantes au sein même du salariat et d’une explosion des hauts revenus. Le renforcement de la précarité (CDD, intérim, temps partiel) a, bien sûr, fortement contribué à cette dégradation.

Qu’est-ce qui justifie, historiquement et politiquement, une telle dégradation de la valeur du travail du plus grand nombre ? L’hégémonie de la culture libérale y prend toute sa part. Nous avons perdu la bataille de la valeur du travail, c’est-à-dire de sa juste rétribution. Il n’est qu’à regarder le déséquilibre dans la répartition au sein même des profits. La part revenant à l’autofinancement et à l’investissement des entreprises a chuté alors que celle consacrée aux dividendes versés aux actionnaires a augmenté, signe de la financiarisation de l’économie.

Fort de ce double état des lieux : baisse de la part salariale et hausse de la part dévolue aux dividendes, deux réponses politiques s’imposent. Premièrement, il est juste et urgent d’augmenter immédiatement les salaires (hausse du Smic, conditionnement des exonérations de cotisations sociales à la conclusion d’accords salariaux…) et de s’engager à indexer la progression des salaires sur les gains de productivité. Cette proposition permet de garantir un rééquilibrage entre salaires et profits. En second lieu, pour répondre à la distorsion entre profits réinvestis dans le développement de l’activité et profits dévoyés dans le versement de dividendes, il est juste et urgent de moduler l’impôt sur les sociétés en imposant plus les dividendes.

Le débat actuel a le mérite de se concentrer sur l’essentiel, le partage de la valeur ajoutée, donc le partage entre ce qui revient au salaire et ce qui revient au capital. Le Président Sarkozy souhaitait circonscrire ce débat à celui des profits tenant pour acquis que la question salariale ne se posait pas (les heures supplémentaires, le travail le dimanche et le crédit étant là pour compenser la pauvreté salariale). La seule mesure qui vaille pour les profits, c’est de réduire la dérive exponentielle de la rémunération des actionnaires. Pour le reste, la question du pouvoir d’achat de tous les salariés ne peut trouver, évidemment, sa solution que dans une hausse des salaires.

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