Le débat sur les vertus de l’intervention de l’Etat est redevenu d’actualité depuis que les « libéraux » ont mobilisé les fonds publics, voire purement et simplement nationalisé des entreprises pour faire face à la crise. Les libéraux acceptent volontiers l’intervention de l’Etat quand il s’agit de venir au secours des intérêts privés. Ils n’hésitent pas alors à invoquer le salut des travailleurs dont ils auraient la charge alors qu’ils ont suffisamment démontré qu’il n’était généralement pas leur priorité première. Intervention de l’Etat fortement réclamée jusqu’au moment où tout reviendrait dans l’ordre et où les affaires redevenant juteuses, il serait urgent que l’Etat reprenne ses distances.
Pour justifier cette attitude, les libéraux, soutenus trop souvent par d’éminents responsables du parti socialiste, expliquent qu’il n’est pas du rôle de l’Etat d’être entrepreneur, qu’il n’est pas souhaitable qu’il s’occupe au quotidien de la gestion d’entreprises, que ce n’est pas « son métier ». L’Etat ne serait pas un bon actionnaire ! A l’appui de cette thèse, ses défenseurs citeront des cas d’échecs notoires, du genre Crédit Lyonnais.
Il n’est évidemment pas difficile d’apporter deux preuves contraires :
La première c’est que dans le secteur privé on peut apporter au moins autant d’exemples d’échecs bruyants. Inutile d’appuyer sur l’origine de la crise financière, sur le scandale de la Caisse d’Epargne, ou de rappeler les conséquences désastreuses de la privatisation des chemin de fer britanniques … !
La seconde c’est le succès français, grâce à des entreprises nationalisées, dans les domaines du TGV, du nucléaire, de l’aérospatiale, et dans l’essentiel des entreprises nationalisées en 1981 dont certaines furent sauvées du désastre et revendues avec bénéfice.
C’est une évidence : une entreprise privée peut être bien ou mal gérée et une entreprise publique peut être bien ou mal gérée. La première différence réside dans le fait que s’agissant de la seconde les électeurs peuvent demander des comptes au gestionnaire. Dans l’entreprise privée seuls les actionnaires ont le droit de demander des comptes. Et comme leur objectif n’est pas l’intérêt général, leurs décisions peuvent être contraire à l’intérêt des citoyens pourtant exclus des décisions qui les concernent.
Car la vraie différence entre une entreprise privée et une entreprise sous actionnariat public est que la première cherche à satisfaire des intérêts privés quand la seconde cherche à répondre au plus près à l’intérêt général. C’est pourquoi il faut laisser au secteur public les domaines d’activité où l’intérêt général doit être prioritairement sauvegardé, ceux qui relèvent de ce que ce qu’on appelle le service public.
L’une des faiblesses fondamentales du secteur privé, outre qu’il ne prend pas en compte prioritairement l’intérêt général, c’est qu’il cherche avant tout un rendement immédiat. De ce fait, la recherche fondamentale, la prise de risque à long terme, qui permettent le progrès, sont peu compatibles avec la logique du secteur privé.
Une autre faiblesse réside dans le côté « apatride » du fonctionnement des entreprises privées. Leur objet étant de faire du profit, peu leur importe généralement le sort de leurs salariés, l’impact de leur activité sur l’environnement ou sur l’économie locale, dès lors que la volonté de maximiser le profit les conduit à se délocaliser ou à détruire l’emploi. Le capitalisme n’est pas « citoyen ».
On ne peut pas demander aux entreprises privées de raisonner autrement. Comme on ne peut pas espérer « moraliser » le capitalisme. Il me paraît illusoire de vouloir corriger les défauts du capitalisme. On ne peut que décider de limiter l’espace dans lequel il sévit. Tous les socialistes devraient être d’accord sur ce point. Ce n’est pas l’impression qu’ils ont donné ces dernières années. C’est heureusement l’orientation que la motion Hamon veut donner au parti.