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Immigration

LE 1er avril 2009 PAR Razzy Hammadi - 0 COMMENTAIRES

Le faux débat des « statistiques ethniques ».

Le faux débat des « statistiques ethniques ». Lorsque les camarades de la coordination du courant m’ont interpellé afin de produire quelques éléments de ligne concernant « les statistiques ethniques » et le débat qui les sous-tend, ma réaction fût la suivante : moins que la question particulière et subalterne des « statistiques ethniques » que personne, au sens propre du terme, ne propose véritablement de mettre en place, c’est en fait la question de l’identité qui est posée. A mon sens elle constitue un des enjeux principaux du siècle qui s’ouvre. Au carrefour de la notion de peuple, de nation et de la légitimité démocratique qu’elle octroie en étant le déterminant de toute souveraineté, que l’on parle de régulation économique, des droits et devoirs au sens large ou bien encore de règlement des conflits. Aussi, est-il nécessaire de tenter de livrer ici quelques propos et arguments relatifs aux « statistiques ethniques » puis de tenter, à travers une première exploration, de délivrer en conclusion, ce que pourrait être les éléments constitutifs d’une introduction à la question de l’identité, pour un courant qui a l’ambition d’avoir – et c’est notre cas – un monde d’avance.

Statistiques ethniques en question.

Tout d’abord, concernant les statistiques ethniques, il est utile de rappeler que personne aujourd’hui en France, ne propose tant du point de vu du sens des mots que des expériences déjà réalisées - notamment en Grande Bretagne -, de les mettre en place.

En fait, on louvoie, on hésite, on fait mine de confondre involontairement le sens des mots, on parle de « critères pertinents » comme le fait Yazid Sabeg, ou encore de « ressenti », dernier terme repris et proposé dernièrement par une maladroite et idiote proposition de loi socialiste sur la question des discriminations lamentablement renvoyée dans les cordes par une Fadela Amara, apparemment ravie d’opposer à la gauche ses propres contradictions.

D’ailleurs accordons-nous ce rapide et partiel droit d’inventaire concernant cette dernière initiative : qu’est-ce que l’identité si ce n’est un ressenti qui parfois peut revêtir jusqu’au qualificatif d’ethnique pour certains.

Des contours sujets à débats.

Ensuite, pour s’attacher à porter quelques arguments simples et factuels, disons tout clairement que les statistiques ethniques sont un puit sans fond dont l’exploration disloque puis divise.

Mises en place en Grande Bretagne, elles ont donné lieu à une surenchère identitaire qui fait froid dans le dos tant elles apparaissent, par l’exaltation des particularismes identitaires, comme un dangereux facteur de division et d’opposition entre les citoyens et les catégories ainsi répertoriées. En moins de deux ans, on est passé de quelques dizaines de critères à plusieurs centaines sous l’effet de lobby communautaristes, souhaitant par-dessus tout, être reconnus par les pouvoirs publics, souvent sur la base du fameux « ressenti ».

D’autres, toujours avec cette volonté des bonnes âmes qui souhaitent lutter « efficacement » contre les discriminations, avancent la nécessité de fournir aux chercheurs des outils de mesure. Rappelons qu’aujourd’hui, sans faire appel aux « statistiques ethniques », les outils existent et que la mesure des discriminations, de la ségrégation subie comme de l’auto-ségrégation est d’ores et déjà possible et sert de base à de nombreuses études dans le domaine, notamment en s’appuyant sur des dizaines de méthodes opérationnelles telles que l’analyse de la concentration des patronymes, les dates de délivrance des cartes de séjour des parents ou bien encore la nationalité de filiation de ces derniers.

Glissement sémantique.

Enfin, il y a ceux qui expliquent que la société a changé, que l’universalisme républicain est périmé et qu’au final la laïcité périclite, ce qui, par ailleurs, par certains aspects n’est pas totalement dénué de sens, que l’on partage leur jugement ou pas. Ces derniers proposent alors une société des identités particulières, avec des individus reconnus comme égaux – c’est la fameuse égalité des chances ou égalité de casino, sur la ligne de départ du marché et de la concurrence, sans se préoccuper de leur état au final si pour les plus chanceux ils parviennent à atteindre la ligne d’arrivée.

Ce sont les mêmes qui, y compris à gauche, nous ont fait perdre le sens des mots et des combats, qui en moins de dix ans nous ont fait glisser sur la pente de la résignation et de la conversion au néo-libéralisme, du combat contre le racisme et l’antisémitisme à la lutte contre les discriminations, en passant par la tarte à la crème de la « diversité » pour enfin nous faire atterrir sur les statistiques ethniques et la reconnaissance par leur promotion des identités « ressenties », par conséquent particulière jusqu’au degré le plus élémentaire : l’individu. Lui-même est alors le socle de l’individualisme total dans ce qu’il a de plus déflagrateur : l’ « individuation » intégrale par le critère d’identité individuelle de l’ensemble du corps social.

Afin de se remettre en mouvement sur ce sujet, il n’y a pas d’échappatoire pour ce qui nous concerne. L’usage unique du « hors de la question sociale, point de salut » est à proscrire tout autant que la réflexion par slogan de type « nous, c’est la République ». Ce qu’il nous faut véritablement – et au plus vite- c’est de redéfinir les contours, contenus et périmètres, conditions et débouchés d’une nouvelle identité collective.

En définitive, c’est de nation et de contrat social dont il s’agit et non pas d’identité individuelle ou de diversité et encore moins de « statistiques ethniques » .

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