BFM Radio. Le secrétaire national du PS en charge des services publics commente les résultats de la « votation citoyenne sur l’avenir de l’entreprise ». Plus de 2 millions de personnes se sont prononcées contre la privatisation.
Fabrice Lundy : Vous annonciez, avec les syndicats de La Poste, 2,1 millions de signatures contre le projet du gouvernement de changer le statut de La Poste pour la privatiser. Soit 90 % de Non. Qu’est-ce que vous allez en faire ?
Razzy Hammadi : On va s’en servir avec à la fois une humilité affirmée et, surtout, un respect de cette mobilisation, parce qu’elle ne nous appartient pas, elle appartient aux citoyens avant toute chose. Ce qu’ont voulu dire les citoyens, au-delà même du résultat, c’était une aspiration à la participation au débat, c’était de dire que ça les concerne.
Une entreprise dans laquelle nous avons investi depuis des années des milliards et des milliards d’euros, qui nous appartient, qui appartient à vos auditeurs, qui représente 300 000 agents, plus de 20 milliards de chiffre d’affaires, la moindre des choses, c’est que nous ayons un débat public sur la question, au moins un débat contradictoire. Voilà maintenant plusieurs mois que je propose à monsieur Estrosi ce débat, parce qu’ils ne sont pas sûrs à la fois de leurs arguments et qu’ils n’ont rien pour justifier, si ce n’est la privatisation à venir, le changement de statut.
La seule chose que je vous dis à l’heure qu’il est, c’est que le PS, le 15 octobre, et dans la mesure du possible nous mobiliserons l’ensemble de nos forces à cet effet, avec l’ensemble de la gauche, déposera une loi dans le cadre de la niche parlementaire pour demander un référendum sur la question, parce que ça rentre dans le cadre de ce qui peut justifier aujourd’hui un référendum à la demande du président de la République : l’aménagement du territoire, l’avenir de la Nation, ça nous concerne tous, Nicolas Sarkozy ne peut pas décider de tout et tout seul.
L’ensemble de la gauche ? Besancenot, le Parti socialiste, les Verts, c’est tout ça la gauche ?
Pour ce qui est de l’Assemblée nationale et de la proposition de loi, je vous rappelle qu’Olivier Besancenot, au-delà de la sympathie humaine que l’on peut avoir pour lui et j’en ai, n’a pas de représentant. La question ne se pose donc pas. En revanche, le combat que nous menons sur le terrain est constitué d’un collectif, avec des organisations, des syndicats, des partis politiques. Parmi les partis politiques, il y a les verts, le NPA, le Parti communiste certes, mais aussi le Cap 21, qui est une entité du Modem.
Corinne Lepage...
Oui, et monsieur Dupont-Aignan. Ça dépasse le simple cadre de la gauche, c’est pour ça que ce n’est pas qu’un combat gauche contre droite, de statut, de privatisation ou pas, c’est aussi le respect un peu de la démocratie dans ce pays.
Deux choses sur le respect de la démocratie, sur le fond et la forme. Est-ce que le scrutin s’est déroulé régulièrement ? Vous parlez de plus de 2 millions de votants, est-ce qu’on est sûr que certains ne sont pas aller voter deux fois ou plus ?
C’est possible, la PQR [presse quotidienne régionale, ndlr], les télévisions régionales, votre radio, vos journalistes sur le terrain ont vu des choses qui ne prêtent pas au doute. Lorsque vous avez des files d’attente de 20 ou 30 minutes de personnalités, de personnes lambda, qui ne sont pas des rentes au PS, au NPA ou dans je ne sais quel syndicat, qui sont là parce qu’ils veulent dire leur mot, c’est déjà l’expression d’une mobilisation historique. Par ailleurs, sur les critiques de la droite, je les appellerais à ne pas insulter plus de 2 millions de personnes qui se sont mobilisées.
Sur le fond, est-ce que vous êtes convaincu qu’il y aura véritablement privatisation ? Le gouvernement jure qu’il n’y aura pas de privatisation. Est-ce que la question n’était finalement pas un peu orientée, « Le Gouvernement veut changer le statut de La Poste pour la privatiser ? Etes-vous d’accord avec ce projet ? ». Est-ce que vous n’avez pas un peu agité le chiffon rouge, ce qui a pu inquiéter dans certaines communes rurales ?
Eux-mêmes (à droite) ne sont pas convaincus du fait qu’elle ne sera pas privatisée, puisque c’est leur souhait. Vous êtes une radio spécialisée sur l’actualité économique, et vous le faites très bien, donc vous avez suivi l’été dernier aussi bien que moi, les déclarations du président de La Poste, monsieur Bailly, ainsi que celles qui l’accompagnaient et provenant d’un certain nombre de membres du gouvernement, qui parlaient à l’époque de privatisation. Entre temps, il y a eu une crise économique, une mobilisation, une crise de sens sur la question de savoir à quoi sert de privatiser, quel est l’objectif d’une entreprise publique comme La Poste. L’énergie, l’eau, tous ces domaines importants, qui sont de l’ordre du bien commun et du bien public, il y a des questions de sens qui se posent.
Que fait donc le gouvernement, au lieu de dire privatisation, maintenant il dit changement de statut. Je vais vous dire une chose très simple, c’est que le gouvernement, alors que ça fait plusieurs semaines que l’on débat de cette question, n’a toujours pas donné une seule fois, à une seule reprise, un seul argument justifiant du changement de statut. D’ailleurs, si leur argument était vraiment bon, il faudrait aussi changer le statut de la SNCF.
BFM aimerait bien recevoir Jean-Paul Bailly, en dépit de demandes régulières, La Poste est aux abonnés absents, spécialement dans le Grand Journal, ça fait des années que ça dure...
En ce moment c’est silence radio. Et vous allez avoir aussi beaucoup de mal à avoir monsieur Estrosi, chaque fois qu’il parle du sujet, il fait augmenter de 2 ou 3 points les sondages contre la privatisation.
La gauche est devenue hostile à toute ouverture de capital de grandes entreprises nationales ? En 1997, France Télécom, c’est bien Jospin qui avait ouvert son capital ? Le GAN, les ASF...
Je m’en souviens très bien aussi. Je n’ai pas de religion là-dessus, c’est-à-dire que je ne considère pas qu’aujourd’hui le PS a vocation a toujours être du côté d’une certaine parole syndicale, il n’a pas toujours à être du côté d’un statut, quel qu’il soit. D’ailleurs je vous le dis très simplement, aujourd’hui, je suis bien plus convaincu sur le fret de ce que qui est dit par la direction de la SNCF, ce qui n’enlève rien à mes critiques qui justifient la position des syndicats sur les salaires et l’emploi. Sur le fret, j’ai une position personnelle, qui n’a pas encore été validée pour mon parti, mais sur laquelle aujourd’hui je n’ai pas de religion, et je pense que la stratégie de la direction de la SNCF est bonne, c’est-à-dire que l’on n’est pas dans un dogmatisme.
En revanche à l’époque, tout ce que je vous dis, c’est que si France Télécom, c’était une bêtise de privatiser, sur Air France c’était un autre sujet, mais en tout cas, le Parti socialiste recherche l’intérêt général et pour nous, aujourd’hui, La Poste doit rester publique, ça participe de l’intérêt général.
France Télécom, dont l’Etat possède encore des parts... La réponse de la direction à la vague de suicides depuis un an et demi, réponse qui est parvenue en deux temps. Le numéro 2 du groupe, Louis Pierre Wenes, remplacé par Stéphane Richard, la direction qui décidé une prolongation jusqu’à la fin de l’année du gel des mutations. Stéphane Richard qui a écrit aujourd’hui aux collaborateurs qu’il mènera avec eux le renouveau social dont l’entreprise a besoin. Est-ce que ce sont de bons débuts de réponse à vos yeux ?
Quand le numéro 2 saute, on peut se demander pourquoi le numéro 1 est toujours là.
Ça ne vous suffit pas ?
Dans n’importe quelle démocratie, n’importe quel pays moderne, lorsqu’on a 24 suicides, il faut à un moment tirer les conséquences de ce qui s’est passé au top du top du management, c’est-à-dire le numéro 1. En même temps, la position du PS ne peut pas se limiter à demander des têtes. Le vrai problème aujourd’hui, c’est un type de management qui est aujourd’hui ciblé, ce n’est pas le cas de toutes les entreprises dans notre pays, d’ailleurs ce sont les chefs d’entreprise dans leur grande majorité, dans les PME, qui sont victimes de ce type de management.
On a appliqué chez France Télécom un mode de fonctionnement de l’économie, une rentabilité à court terme, que l’on applique dans beaucoup d’autres entreprises, y compris dans des organismes publics. Je vous donne l’exemple de Pôle Emploi, où il y a eu des suicides, le gouvernement est en première ligne en terme de responsabilité, on a fait une fusion entre l’ANPE et les Assedic sans laisser le temps aux gens de s’adapter. Il y a eu des suicides sur les lieux de travail. C’est de cela dont on parle.
Combien ?
On n’a pas de chiffre, c’est très difficile d’en avoir. Mais des évaluations statistiques tablent entre 300 et 400, c’est très difficile de dire si le suicide est lié directement au travail. Par exemple, comment sait-on qu’à La Poste il y a des suicides. L’activité de postier elle-même amène le postier à ne pas être sur son lieu de travail, par définition, donc quand considère-t-on qu’il est ou pas sur le lieu de travail.
En tout cas, ce que l’on sait, c’est qu’aujourd’hui il y a des gens qui se suicident, y compris dans des structures publiques ou parapubliques, c’est le cas de Pôle Emploi, en laissant des lettres, en disant qu’ils sont traités comme des moins que rien, que leur savoir-faire a été insulté, ce qu’étaient leurs origines en terme de culture de travail, et aujourd’hui il faut respecter les gens et redonner des sens au travail.
Est-ce que vous pensez que ce qui se passe à France Télécom pourrait servir de leçon ? Servir à reconstruire des relations plus saines au travail ?
En considérant l’attitude actuelle gouvernement, malheureusement et sans être pessimiste, je ne le crois pas. Voilà maintenant quatre à cinq ans qu’un certain nombre de revues spécialisées, y compris des quotidiens ou des hebdomadaires assez grand public, pointent le problème du stress au travail, pointent la mort au travail, pointent les modes de fonctionnement qui avilissent l’homme tel qu’il pouvait être avili il y a 100 ans. C’est aussi ça la situation dans laquelle on est, avec une autre méthode, avec une autre pratique. Certes, on n’est pas 400 mètres sous terre dans la mine, mais quelque part on y est quand finalement vous n’avez plus de dignité. Le gouvernement n’a eu aucune réponse, bien au contraire, nous avons eu un certain nombre de dispositifs légaux, notamment sur les heures supplémentaires, sur l’employabilité, dans le cadre du paritarisme sur la question de la médecine au travail, qui me laissent pessimistes.
Par conséquent, je pense qu’il faut des états-généraux, un Grenelle, pas simplement de l’emploi mais des conditions de travail, et là il faut de l’investissement, des mesures sociales, de l’argent, de la règle, de la loi, là où le gouvernement depuis 2002 ne fait que libéraliser et faire peser la production et la productivité sur les mêmes pendant qu’on baisse les impôts pour les plus riches.
Parlons de la reconstruction du Parti socialiste, étiez-vous hier au théâtre Déjazet, à Paris ?
Non, hier soir, j’étais avec mes amis syndicalistes et d’autres partis de gauche.
Il n’y avait pas plus de 200 personnes, sur 600 places assises. Ségolène Royal a apparemment eu du mal à faire le plein de son université populaire de la connaissance. Quels signes y voyez-vous ?
Sincèrement, je n’étais pas au courant de cette réunion.
C’est dire, si le secrétaire national du Parti socialiste n’est même pas au courant que Ségolène Royal se déplace en réunion à Paris...
Ségolène Royal était notre candidate à l’élection présidentielle, elle reste par-dessus tout ma camarade. Ce que je lui dis, au-delà de cette anecdote que vous nous racontez, c’est d’être avec nous, à nos côtés, le Parti socialiste n’est jamais aussi fort que lorsqu’il est rassemblé et nombreux.