Nous rendons public un état des lieux de la politique éducative de la droite (www.agirpourleducation.fr). L’école n’a, en effet, jamais été aussi maltraitée qu’aujourd’hui : des milliers de postes supprimés (RASED, enseignants, conseillers d’orientation, conseillers d’éducation…), des réformes régressives, à l‘image de celles de l’enseignement primaire, du service minimum, du bac professionnel ou de la formation des enseignants - des personnels vilipendés à chacun des discours du Président de la République ou de son ministre de l’éducation -, des élèves méprisés.
Par son acharnement à démanteler l’école, la droite sape les valeurs du service public d’éducation et hypothèque le droit à l’avenir de toute une génération. Les effets de cette obstination se font sentir : 150.000 élèves sortent sans qualification du système éducatif, des classes ferment dans tous les départements au mépris de l’école démocratique de proximité, l’insupportable échec scolaire favorise la reproduction sociale, le taux de réussite au bac ne progresse plus depuis plus de 10 ans, des jeunes étudiants n’arrivent pas à s’intégrer dans l’enseignement supérieur, des enseignants perdent foi devant l’ampleur de la tâche et le peu de soutien de la nation.
Nous aurions tort de limiter notre analyse de la politique éducative de la droite à une simple convergence des réformes vers une diminution des moyens. Au-delà du désengagement politique, budgétaire et humain de l’Etat, c’est une véritable politique réactionnaire que le gouvernement s’obstine à développer par la mise en concurrence des établissements et des personnels, par le retour à des doctrines pédagogiques dépassées, par la primauté systématique de l’ordre sur l’émancipation des élèves, par la promotion des meilleurs aux dépens des élèves en difficulté, par la dévalorisation du travail des enseignants pour mieux élever la population contre une corporation « favorisée » et « inefficace ». On peut traduire cet acharnement par la volonté d’affaiblir l‘école publique pour la rendre exsangue et finalement lui substituer, dans une étape finale, un modèle libéral alternatif, concurrentiel, inégalitaire et affranchir ainsi l’Etat d’un poids trop lourd pour lui. Tous les socialistes seront, dans les semaines et dans les mois à venir, avec tous ceux qui défendent l’école et qui refusent qu’elle soit mutilée.
Pour lancer notre réflexion sur l’école de demain, nous voulons éviter que nos débats ne se transforment en propositions de réformes catégorielles ou sectorielles de l’éducation nationale. Il nous faut politiser l’enjeu. Il n’y a aucune raison que l‘éducation soit un thème où le consensus règne, bien au contraire. Pour les socialistes, l’école est le premier lieu de la promotion sociale et de la lutte contre les inégalités. C’est pour cela que nous défendons des objectifs ambitieux : 100% d’une génération sortant avec une qualification de l’école, 50% accédant à un diplôme de l’enseignement supérieur. A l’heure d’une crise économique et sociale majeure, il faut redonner priorité à l’école. Dans une société où les inégalités sociales n’ont jamais été aussi fortes, l’école sera un moteur essentiel de la redistribution des richesses. C’est pourquoi les socialistes doivent sans faiblir porter le projet d’une école gratuite et laïque.
L‘école et l’ensemble des intervenants dans les politiques éducatives du pays, ont besoin d’être entièrement mobilisés sur cet objectif, ambitieux mais nécessaire. Notre projet éducatif ne saurait se limiter à l‘école : nous devons proposer au pays un plan éducatif, allant de l’accès à la culture pour tous au rôle des associations d’éducation populaire. Nous devons définir les contours d’un vaste chantier d’amélioration des méthodes pédagogiques, du primaire (voire de la petite enfance), qui voit les premiers décrochages scolaires, au premier cycle universitaire, qui voit un étudiant sur deux abandonner ses études. Il nous faut favoriser l’accès à l’autonomie des jeunes, revoir les temps d’apprentissage, favoriser le travail en équipes des enseignants et leur formation initiale. Nous devons concilier deux objectifs : amener le plus grand nombre possible d’élèves à un niveau de connaissances le plus élevé, tout en favorisant l’apprentissage individualisé. La culture commune que nous voulons voir acquise par les élèves est composée de connaissances disciplinaires fondamentales mais aussi d’une capacité de raisonnement et de recherche et d’une maîtrise des outils modernes. Nous devrons aussi fixer des objectifs d’apprentissages communs qui ne se limiteront pas aux seules matières « fondamentales », mais qui s’ouvriront aux arts, à l’éducation physique et à la citoyenneté.
Pour lutter contre l‘échec scolaire, il appartient d’abord à l’école de garantir un apprentissage correspondant aux situations hétérogènes des élèves. A tous les niveaux, des dispositifs pédagogiques doivent être créés ou renforcés pour permettre des passerelles entre filières professionnelles, technologiques et générales. Les outils oeuvrant à la réussite des élèves méritent certainement d’être améliorés. L’instrument que constituent les ZEP doit être évalué et soutenu, en renforçant réellement les moyens qui leur sont accordés, en diminuant le nombre d’élèves par classe et en augmentant sensiblement les dotations aux établissements concernés. De même, si la carte scolaire était sans aucun doute perfectible, elle seule pouvait garantir une mixité sociale et contribuer à supprimer les ghettos scolaires. L‘immense chantier qui s’ouvre à nous ne pourra en aucun cas être préparé par les seuls socialistes. Plus solidaires des enseignants et des personnels de l’école, plus proches des familles et des élèves, en associant les organisations d’éducation populaire, nous ferons évoluer le système éducatif pour qu’il soit plus juste et plus efficace pour la réussite de tous. Mais c’est aussi à la société dans son ensemble que le Parti Socialiste devra s’adresser. L’école de demain est un sujet majeur qui mérite d’être saisi par tous.