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Droit du travail / Services publics

LE 28 septembre 2009 PAR Delphine Mayrargue - 0 COMMENTAIRES

Le PDG de France Télécom doit partir, évidemment

Le PDG de France Télécom doit partir, évidemment La gauche et les syndicats demandent naturellement la démission du PDG de France Télécom après le vingt-quatrième suicide au sein de cette entreprise. Pourquoi, par décence, par respect pour les victimes, par sens des responsabilités ? Oui, pour toutes ces raisons, bien sûr. Qui s’étonnera que Monsieur Lombard n’ait pas le sens de l’honneur et la dignité de se retirer ? Personne, cet homme traite les salariés de France Télécom avec arrogance et mépris. Demander son départ serait en faire une victime expiatoire, un symbole facile ? Et bien voyons ! Demander à quelqu’un qui avait toutes les possibilités et tous les moyens d’agir différemment d’assumer les conséquences de ses actes, cela paraît tellement aberrant dans notre société. Il faut dire que depuis des années, nous sommes habitués à l’impunité des chefs d’entreprises (faiblesse des condamnations en cas d’accidents du travail, difficulté à faire reconnaître les dégâts humains du management par le stress, irresponsabilité financière…) On nous sert depuis si longtemps l’image du brillant capitaine d’industrie (même quand il s’agit du triste sire Messier), l’image du génie héréditaire (voir les Lagardère et Dassault, au bonne fortune desquels la puissance publique a bien aidée…) l’image du surhomme (aujourd’hui Henri Proglio capable de diriger 2 groupes d’envergure mondiale EDF et Veolia, au-delà des conflits d’intérêts que cela pose par ailleurs). De ce point de vue, le MEDEF a bien fait son boulot, le MEDEF aujourd’hui si silencieux sur le drame de France Télécom…

L’idéologie managériale déployée dans nos entreprises accentue l’individualisation des responsabilités, pratique la culpabilisation du salarié, l’isole loin de toute solidarité. Ce sont ces contre-valeurs et ces pressions que subissent au quotidien des millions de salariés. Aujourd’hui, un des principaux dirigeants d’entreprise française, qui a imposé à un rythme insoutenable cette bête et méchante idéologie managériale, serait exonéré de ses responsabilités ! Ce raisonnement est inadmissible, Monsieur Lombard est responsable. Il est légitime de demander sa démission, de même qu’il est légitime d’exiger l’arrêt à France Télécom et dans l’ensemble des entreprises engagées dans la même dérive, des restructurations à marche forcée et des mobilités imposées.

Ces suicides se sont déroulés dans un espace public, dans une entreprise, dans une très grande entreprise. Cet espace fait de ces gestes individuels des sujets politiques. C’est le rôle de la gauche de leur donner cette résonance politique, d’exiger des réparations et des réorientations stratégiques dans l’organisation du travail.

Depuis 2002, et plus encore depuis 2007, la droite a aggravé la dureté des conditions de travail. La destruction du droit du travail, avec « l’assouplissement » du code du travail, c’est-à-dire moins de protection et plus d’individualisation dans les rapports de travail, est allée de paire avec la pression de l’idéologie managériale dans la gestion des entreprises. La droite a préparé ce terrain, l’a labouré avec un instinct revanchard, en remettant en cause le statut du travailleur (protégé en tant que salarié) pour faire émerger dans l’entreprise la seule figure de l’individu, sorte d’extra-terrestre, sans appartenance collective, sans protection, sans droit. C’est contre cet ultralibéralisme, véritable jeu de massacre de nos vies et de nos valeurs, que nous devons mener bataille en faisant du travail non une valeur mais simplement un enjeu politique.

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