De l’élection européenne, dans quelques jours, il restera aux socialistes français un léger parfum de nausée à la vue de certains de leurs « homologues » européens re-signer pour 5 ans de compromis avec la droite européenne, au nom de l’attachement indéfectible de la social-démocratie à la construction communautaire.
Comme si ceux qui refusent de pratiquer la « danse du ventre » autour de Barosso n’était ni pro-européens, ni socialistes, ni démocrates. Heureusement, cette fois la délégation du PS au parlement européen refusera de participer à ce petit jeu mais ils seront déjà loin, à Bruxelles et le congrès de Versailles, le remaniement ministériel auront balayé de bien des consciences les engagements de tribune pris par de nombreux responsables. « Le temps d’analyser » pour proposer juste, risque d’être bien court. Pourtant, c’est maintenant - passé le choc du résultat national - que l’ampleur de message européen apparait. La déroute de la social-démocratie.
A l’exception de la Suède et de la Grèce, les partis se réclamant peu ou prou du socialisme démocratique ont perdu des voix et des sièges. Les partis de mouvance sociale-démocrate ont subi une défaite historique. Parfois, comme en Autriche, ils obtiennent leur plus mauvais résultat dans une élection générale depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. En Grande-Bretagne, un parti antieuropéen, UKIP, est même passé devant les travaillistes, formant la troisième force politique du pays avec les conservateurs.
Bien sûr les chiffres bruts peuvent varier d’un pays à l’autre et de multiples cas particuliers nationaux peuvent être invoqués en contre-exemples ponctuels (les scandales qui secouent la Grande Bretagne, la violence de la crise en Espagne, les divisions du PS en France, la Ligue du Nord en Italie...) pour masquer une tendance générale pourtant indiscutable. La sociale-démocratie européenne est défaite. Il y a moins de 10 ans, elle dirigeait la majorité des pays européens. Aujourd’hui, la droite gouverne 21 pays sur 27 et sort numériquement renforcée sur les bancs du parlement européen.
Dans un contexte de crise accrue et de montée du chômage il n’y a eu aucun « rebond ». Clairement, aucun des partis du PSE n’a su ou pu incarner une offre politique alternative en pleine période de doutes sur le système capitaliste.
Le plus surprenant est notre surprise. Comme il a été décrit simplement par Mario Telo, la gauche a échoué avec son discours imputant la crise à la droite car elle a « partagé l’idéologie blairiste » pendant 15 ans et « peut être identifiée comme responsable » du marasme actuel ; et d’en conclure logiquement qu’« en l’absence d’alternatives crédibles, les majorités s’accrochent aux gouvernements en place ».
La punition n’en est que plus injuste pour la gauche française qui n’a pas été la première à se transformer en gardienne de l’orthodoxie du pacte de stabilité. Mais les faits sont là et faute d’avoir à temps mesuré le danger et peut-être trop compté sur « la rente du remords de 2002 », le parti socialiste est à la croisée des chemins. Il n’est pas le seul. Loin s’en faut. Depuis juin 2006, les partis sociaux-démocrates ont enregistré des défaites dans 15 des 17 élections nationales qui ont eu lieu en Europe.
Dans leur vie interne, les « grands » partis de gauche la situation n’est guère meilleure. Au PS, les adhérents à 20 euros de l’élection présidentielle ont fait long feu. Le SPD allemand qui annonçait un million d’adhérents en 1976, en affiche officiellement 600 000 aujourd’hui et perdrait 3 000 adhérents par mois. Selon un sondage de l’institut allemand Allensbach, 40 % des adhérents du SPD jugent que leur parti, en participant à la grande coalition de la conservatrice Angela Merkel, « a perdu ses origines de gauche ».
Au titre des apports structurants de la « troisième voie », est-il besoin de rappeler, par exemple, l’agenda 2010 de Gerhardt Schröder, particulièrement brutal pour le monde du travail, qui s’est traduit au plan européen par l’adhésion à une stratégie économique et sociale profondément libéral ? La déréglementation des marchés du travail au nom de la « flexisécurité », les politiques de défiscalisation, les refontes des systèmes de retraite, les privatisations ?
Quant au New Labour britannique, qui devait transformer les forces militantes en base « à la fois massive et passive », selon un proche de Tony Blair, il est en crise lui aussi. Des 400 000 adhérents qu’il comptait en 1994 lorsque Tony Blair a rpis la direction du New Labour, il en restait 177 000 en juin 2007.
Le temps maintenant est à la reconstruction de la gauche, lucidement, sans nous en remettre à un unique totem guérisseur. Ni le mot « primaires », ni l’affirmation du « grand parti socialiste » ne peuvent remplir le vide laissé par la stérilité de la sociale-démocratie, incapable de proposer une stratégie pour répondre au quatre crises majeures auxquelles le monde est confronté - crises financière, énergétique, alimentaire et environnementale. Il n’y aura pas de raccourci.